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A Bittersweet life de Kim Lee Woon -Policier - Corée
Avec Lee Byung-Hun, Mina-Shi, Kim Young-Cheol

Note : 6.5/10
GENRE : POLICIER / MAFIA
Résumé
Sun-woo est le manager d’un hôtel à Séoul. Précis et efficace, il est l’homme de main du Président Kang, ponte de la pègre Coréenne. Kang va alors demander à Sun-Woo de vérifier si sa fiancée ne lui est pas infidèle et par là même faire le nécessaire pour que son honneur ne soit pas bafoué. Quand Sunwoo la trouve aux bras d'un autre homme, il ne peut tuer les deux amants à sa grande stupéfaction. Furieux, Kang décide alors de faire exterminer Sun-Woo. Une bataille irréversible contre sa propre bande va commencer. .

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Suite au succès du « Deux sœurs », Lee Won enchaîne sur un second film à des années lumières de l’univers de sa première réalisation.


Une vie juste un peu plus douce
, voilà ce que pose Sun-Woo, le héros dans son parcours servile pour un homme sans scrupule, un mafieux qui ne se salit jamais les mains lui-même. Jusque là tout allait si bien : aucun désir, aucun regret, aucune revendication, juste un homme de main .. au service son patron. Une vie vide de sens, aseptisée de sentiments .. Une vie que le héros regarde passer .. sans avoir envie de se l’approprier et de construire quelque chose avec l’autre .. Et voilà qu’une mission peu ordinaire lui est confiée : surveiller la fiancée du mafieux. Bien jeune, il est vrai et qui pourrait être normalement attirée par des hommes de sa génération.
L’enfer va pouvoir commencer quand notre héros rentre au paradis  : celui où il sait sourire, parler, pleurer, s’émouvoir, se laisser porter par des airs de musique classique joués par la charmante fiancée qu’il est « condamné à suivre » .. Alors lorsqu’il se retrouve face à la situation qui doit le conduire encore une fois à se salir les mains, achever ce que le maître a décidé de voir périr .. ll est incapable d’assassiner ce « supplément d’âme » que lui apporte la fraîcheur et la pureté de cette jeune femme .. La découverte d’une autre part de lui-même qui l’apaise et lui permet de ne plus trouver le sommeil .. Pour des motifs non plus morbides et tortueux mais pour des images de sérénités, des moments de total apaisement.

Le réalisateur peut ici se démarquer avec des personnages très travaillés, une poésie, un style, une image, une signature. La lenteur du rythme imposé à « Deux sœurs » et une fois de plus de mise dans sa seconde réalisation et elle en est radicalement efficace . Elle permet de mettre en relief les accélérations .. soudaines, le film se déroulant ainsi posément , mais en apparence . Le spectateur est conforté dans un quotidien des plus rigides et sans surprises, sans rencontres, sans aucune émotion chez le héros, il est bercé par un personnage sans aspérités. Dès que le désir apparaît, le rythme commence alors à s’accélérer, non pas du fait de la rencontre mais simplement par le mode de vie de la femme à suivre .. Elle impose ses désirs, ses envies, elle parle, elle « dit » tant, elle regarde beaucoup, elle interroge, elle rit, elle pleure, elle fait rire et fait pleurer, elle existe et lui donne cette impression d’exister à son tour dans le sens sensitif du terme.

La violence sera donc d’autant plus effrayante qu’elle n’était plus de mise face à une révélation pour le héros. Une respiration, une vie .. qui a enfin l’air un peu plus douce. Et pour cela il ne tolérera pas de se voir retirer ce qui lui a fait entrapercevoir une raison d’être.. L’homme renaît et se bat .. Tel un homme éveillé, horrifié par l’absence d’affects de son patron envers lui-même, il va entrer en enfer et exterminer tous les obstacles à sa nouvelle identité .. Car c’est surtout de cela qu’il s’agit : la découverte de soi dans le questionnement de Sun-Woo à Kang : « Pourquoi vouloir me tuer ? Moi qui vous ai servi comme un chien durant 7 ans sans jamais rien vous demander ? ». On effleure Œdipe interrogeant Thésée .

Certains parleront d’un scénario classique voire d’un plagiat éhonté de « Revenge » de Tony Scott. Qu’on ne les écoute pas, .. la subtilité est ici de mise dans la psychologie de notre héros, qui a une éthique. Si enfin il désire, si enfin il aime, il ne touchera jamais ce qui ne lui est pas donné .. « A Bittersweet Life »  refuse foncièrement d’être un film de plus ; alors il déroge aux règles et envoie l’humour comme les scènes de contemplations , le sang et les bruit des armes avec la même fureur. On commence par une mélancolie doucereuse qui permet d’apercevoir l’homme de main comme émouvant. Et tout comme un air de Beethoven .. l’accélération compose avec l’enfer où le réalisateur pose subrepticement des scènes de flash back sereines et sécurisantes. Kim Lee Won, joue avec maestria sur les symétries et asymétries afin de mettre en avant le décalage du héros avec le monde qui l’entoure.

Mais malheureusement la dernière partie du film se fourvoie dans une débauche, une orgie de violence agrémentée d’un lyrisme pompeux et fatiguant. Le choc, la fascination éprouvée sont vécus alors comme une trahison du réalisateur vis-à-vis de ses spectateurs.

On peut inévitablement évoquer le gros péché Coréen : la surenchère .. Malgré des combats et des scènes magnifiques d’ingéniosité dans la violence (Park Chan Wook a du influencer notre réalisateur avec son « Three extremes »), il y a excès. Excès de sang, surcroît de tortures pour permettre de donner à voir des pans entiers de cris, larmes et autres suppliques .. Cette perverse tentation coréenne à jeter violence et sentiments ravageurs à foison d’un trait, est , il est vrai des plus pénibles. Elle est peut-être un stigmate de la colonisation, de la déchirure aussi que connaît encore ce pays, Nord et Sud tentant de se réunir mais avec un passif tel ..

Tous les films coréens, pour la plupart, ont ainsi la gourmandise d’insérer les traumatismes du passé dans le quotidien .. via des scènes toujours plus violentes et plus grotesques parce que la surenchère ne conduit qu’au pathétique.
C’est ici que le bas blesse donc. Jusqu’ici tout était parfait, le rythme, le scénario, les personnages .. et voilà l’explosion soudaine qui n’est pas sans rappeler la fameuse scène ou Tony Montana s’érige seul face à la meute d’assassins dans le « Scarface » de B. de Palma.

Il reste que ce film est à voir, non seulement pour la prestation des plus excellentes de Lee mais aussi pour les différentes scènes magnifiques, qu’elles soient violentes, amoureuses ou exprimant une solitude intense . « A Bittersweet Life » repose sur les frêles épaules de cet acteur extraordinaire de justesse qu’est Lee Byung-Hun. Notre héros dégage un charisme, une douceur, une absence même de désirs qui le rendent imperméable et très attachant cependant.

En outre, l’humour, les hommages ponctuels à Woo et Melville ne permettent pas aux mauvais esprits de ranger ce film dans le sac des « factures classiques ». Le fameux trio : le méchant, sa maîtresse et l’amoureux transit .. va vous surprendre. Et c’est justement ce second degré que réussit à imprimer l’acteur principal, qui sauve le film d’un classicisme néfaste et inutile .

MatriXa


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